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GRENOBLE - la ville et sa région Plans, photos et images

Alain Carignon : le dernier baron de la droite grenobloise

jean martin

Une précocité en politique

C’est un enfant du pays né en Février 1949 à Vizille. Un père, journaliste au Dauphiné Libéré, l’a –t-il prédisposé à être un bon communiquant ? Possible…

Dès son adolescence, au lycée Champollion, il prend le virus de la politique et milite à l’UJP, mouvement de jeunesse gaulliste quand en 1968, beaucoup d’intellos voulaient faire la révolution et changer le monde.

1971-1983 : L’ascension

En 1971, à 22 ans, c’est déjà un « vieux routier » de la politique. La droite monte une liste à Saint Martin d’hères face au pouvoir vacillant du PCF lors des élections municipales. La gauche remporte l’élection mais la carrière d’Alain Carignon est lancée.

En 1973, aux élections législatives, il se présente comme suppléant du député UDR sortant de la 2ème circonscription de Grenoble mais celui-ci est largement battu par le maire de Grenoble Hubert Dubedout.

Alain Carignon, est un des jeunes loups de l’UDR locale (devenue depuis le RPR puis l’UMP) mais il n’a toujours pas de mandat électif. En 1976, lors des élections cantonales, il bat dans un canton du centre de Grenoble, le conseiller sortant, un rénégat de l’UDR devenu entre-temps PS alors que l’électorat était majoritairement conservateur..

Pour les élections municipales de 1977, i considéré comme étant trop jeune pour diriger l’équipe candidate, il est relégué à la seconde place. Un illustre inconnu le remplace et retourne à l’anonymat dès les élections terminées en étant largement battu par l’union de la gauche dirigée par le maire sortant Hubert Dubedout, en place depuis 1965.

Coté opposition, Alain Carignon devient maintenant le leader de la droite dans l’agglomération grenobloise mais la route est encore longue et semée d’embuches pour s’emparer du pouvoir local.

En 1978 et en 1981, il tente la députation face à Hubert Dubedout mais il est largement battu (44% en 1978, 38% en 1981).

En 1982, il est réélu conseiller général à Grenoble, il le restera jusqu’en 1997.Cela est-il annociateur des futurs problèmes de la gauche à Grenoble mais lors de cette élection le canton du quartier Berriat bascule à droite.

1983-1995 : Le règne

1983 : la victoire

1983, nouvelle élection municipale, la gauche, sous la férule d’Hubert Dubedout a réalisé l’union complète avec les écologistes. Elle est seulement concurrencée par une petite liste sur sa gauche. A droite, la liste est dirigée par Alain Carignon, le leader de l’opposition grenobloise. Contre toute attente, le bastion socialiste bascule dès le 1er tour à droite. Usure du pouvoir, conséquence d’une politique urbanistique municipale décriée, mobilisation des électeurs de droite après 2 ans de pouvoir socialiste au niveau national, certainement un peu des trois. En 1986, Hubert Dubedout se tue en montagne lors d’une randonnée. Une place et un arrêt de tramway porte son nom dans la ville de Grenoble.

1983-94 : le patron

Dès son élection, il organise un référendum municipal sur la création du tramway à Grenoble Le projet est accepté par 54 % des Grenoblois. La 1ère ligne de tramway (ligne A), inauguré en Octobre1987 est le premier tramway au monde entièrement accessible aux handicapés. Hubert Dubedout l’a rêvé, Alain Carignon l’a fait. Il récidivera au début des années 90 en organisant un second référendum pour la 2ème ligne de tramway (ligne B)

Au cours de ses 2 mandats, Grenoble est choisi pour l'implantation de la source européenne de rayonnement Synchrotron, permettant ainsi le développement et le désenclavement du polygone scientifique par la construction de deux nouveaux ponts (pont d'Oxford et pont des Martyrs).

Alain Carignon inaugure en 1985 la nouvelle Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble dans le quartier Hoche, inaugure en 1986 le centre national d'art contemporain sur le site industriel Bouchayer-Viallet (quartier choriet Berriat), créé en 1987 le parc Pompidou dans le quartier de la Capuche, inaugure en 1988 la salle du Summum et la voie sur berge le long de l’isère, agrandi Alpexpo en 1989, lance en 1990 le quartier d'affaires Europole sur des friches industrielles du quartier de la Frise. Parallèlement, Alain Carignon rénove certains quartiers et bâtiments historiques du centre-ville comme la halle Sainte-Claire inaugurée en 1991 ou l'ancien palais des évêques qui deviendra en 1998 le musée de l'Ancien Évêché.

Bastion de la droite avant 1995 Les quartiers du vieux centre et du Nord de la ville sont largement cajolés par la municipalité Carignon. Par contre, les quartiers Sud (Villeneuve, village olympique, Teysseire..) fiefs électoraux de la gauche sont tenus à l’écart. Par exemple, les crédits sont coupés pour les délires pédagogiques de la Villeneuve.

Coté électoral, il est élu député européen de 1984 à 86 puis député en 1986, 1988 et 1993. Il est réélu triomphalement en 1989 dès le 1er tour à la mairie de Grenoble face à Michel Destot. Il est le patron de la droite dans tout le département en conquérant en 1985 la présidence du conseil général. Grâce à sa dynamique, il arrive même à rallier des militants de gauche comme Guy Nevache : pilier de l’ancienne municipalité Dubedout.

Reconnu au niveau local , il le devient aussi au niveau national en étant Ministre délégué auprès du ministre de l'Équipement, du Logement, de l'Aménagement du territoire et des Transports, chargé de l'Environnement de 1986 à 88 et ministre de la communication entre 1993 et 94.

1994-96 : la chute

En 1994, il, est rattrapé par les affaires (Dauphiné News et affaire des eaux de Grenoble, Grenoble Isère développement,….) et doit démissionner de son ministère. Il est lourdement condamné en 1996 à 5 ans de prison (dont 1 an avec sursis) , à 5 ans d’inégibilité et 400 000 francs (60000 Euros) d'amende pour corruption, abus de biens sociaux, et subornation de témoins.

Pour plus de détail voir le dossier de l’ADES

http://www.ades-grenoble.org/ades/dossiers/retour-corrompu.pdf (1)

Si l’un de ses principaux promoteurs de sa mise en examen fut Raymond Avrillier, élu écologiste grenoblois, les fuites originelles seraient venus de son propre camp. Dés le milieu des années 80, il est rentré en conflit avec Jacques Chirac en adhérant au groupe des rénovateurs constituéde jeunes élus s'opposant aux "vieux" Chirac et Giscard.Puis eau début des années 90 entre Balladur et Chirac, a-t-il misé sur le mauvais cheval ?c’est bien possible. D’ailleurs, aujourd’hui il reste proche de Nicolas Sarkozy, brillant poulain du battu de l’époque, Edouard Balladur (2)

1996-2007 : le retour

Il est libéré en mai 1998. En 2000, après quelques refus, il est réintégré à l’UMP. Pour la gamelle, il effectue quelques petits boulots de conseil auprès de PME.

A partir de 2002, il repart à l’assaut du pouvoir. La 1ère étape consiste à reconquérir le parti au niveau départemental. Depuis sa chute, il est tombé très bas (3500 militants en 1989, 500 en 2003) et l’opposition en interne est quasi inexistante. De plus, il a conservé beaucoup d’ayant-droits au sein des élus du parti. Rapidement, il s’empare de la tête de la fédération UMP de l'Isère malgré l'opposition d’Alain Juppé. Il reconstruit un appareil politique en encartant à tour de bras. Puis il lui faut récupérer un mandat d’élu suffisamment important pour retrouver son ancien pouvoir. Les élections législatives de 2007 vont lui en donner l’occasion.

2007-2014 : les come-back ratés

En 2007, Alain Carignon décide de revenir dans le jeu électoral. Il veut reconquérir son ancien fief électoral (1ère circonscription de l’Isère) tenu par son ancien lieutenant Richard Cazenave et convoité par la socialiste Geneviève Fioraso. Mais celui-ci ne veut pas céder sa place et un combat fratricide s’engage. Au 1er tour, Alain Carignon terrasse Richard Cazenave mais est largement devancé par la socialiste Geneviève Fioraso (37% contre 63%) sans parvenir à faire le plein des voix de droite. L’époque d’un Alain Carignon triomphant est bien terminée et les isérois n’ont pas eu la mémoire courte.

En 2014, lors des élections municipales, après bien des rebondissements, Alain Carignon occupe la 9ème place sur la liste de droite conduite par Mathieu Chamussy. Malheureusement pour lui, la liste ne recueille que 24% des voix et 7 sièges à la mairie. De nouveau Alain Carignon reste sur le carreau.

Alors ,20 ans après la chute de son ancien leader, où en est la droite dauphinoise ? Le PS, même après la perte de Grenoble a un vrai patron en la personne d’André Vallini. A Grenoble, après avoir été majoritaire entre 1983 et 1995 elle a dégringolé à 24% des voix, à peine plus de 35% lors des dernières élections présidentielles. Chahuté par le FN dans le nord du département malgré la conquête ou la conservation de villes importantes comme Vienne, La tour du Pin et Voiron, à la ramasse dans la métropole grenobloise, la droite est dispersée façon puzzle. Pas de patron départemental mais de nombreuses petites baronnies d’où n’a pas encore émergé le remplaçant d’Alain Carignon.

(1) se contenter de rester dans le volet judiciaire, pour le volet politique chacun pourra juger selon sa sensibilité.

(2) Cela reste une hypothèse qui circule

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