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GRENOBLE - la ville et sa région Plans, photos et images

Cité Jean MACE - ancienne cité des abattoirs (1930-2008)

jean martin
la cité Jean Macé  dans Grenoble et le quartier des abattoirs (vue depuis place de la bastille)
la cité Jean Macé  dans Grenoble et le quartier des abattoirs (vue depuis place de la bastille)
la cité Jean Macé  dans Grenoble et le quartier des abattoirs (vue depuis place de la bastille)

la cité Jean Macé dans Grenoble et le quartier des abattoirs (vue depuis place de la bastille)

Avant la cité (Fin XIXème - Début XXème siècle)

Vue générale depuis la rive gauche de l'Isère

Vue générale depuis la rive gauche de l'Isère

Vie et activités sur les quais de la Graille (Bord de l'Isère) dans le quartier des abattoirs
Vie et activités sur les quais de la Graille (Bord de l'Isère) dans le quartier des abattoirs

Vie et activités sur les quais de la Graille (Bord de l'Isère) dans le quartier des abattoirs

Le temps des bâtisseurs (1920-1935)

En 1920, la municipalité grenobloise, consciente du problème croissant du logement crée l’office public d’habitations bon marché (OPHBM). Dans la foulée, la construction d’un millier de logements sociaux répartis en plusieurs cités sont programmés.

Construite au début des années 1930, la cité Jean Macé est – avec les cités de l’Abbaye et de la Capuche - une des plus anciennes cités ouvrières de Grenoble et accueille dans ses immeubles HBM (devenu HLM en 1958)180 familles d’ouvriers et d’employés travaillant aux abattoirs, à la SNCF (PLM en 1930) ou à l’usine de Merlin-Gerin, voire d’autres entreprises aujourd’hui disparues.

Contrairement à la cité jardin Paul Mistral construite entre 1922 et 1925 (210 logements avec jardins et petits bâtiments sur 8,5Ha) et pour des raisons de coût, le choix a été fait de construire des immeubles à 5 niveaux sur une surface restreinte.

En 1935, le dernier et 8ème bâtiment est livré.

Le quartier est coincé entre l’Isère à l’Est, la voie de chemin de fer à l’Ouest, les abattoirs au Sud et la zone industrielle dans laquelle se trouve l’usine Merlin Gerin au Nord, permettant au quartier de rester dans un relatif isolement.

Néanmoins, il est très proche du centre de Grenoble et de la gare SCNF.

Ecole Jean Macé (Fin des années 50) - plan du groupe scolaire
Ecole Jean Macé (Fin des années 50) - plan du groupe scolaire

Ecole Jean Macé (Fin des années 50) - plan du groupe scolaire

Le paradis des travailleurs (1935 -1970)

Ce quartier avait tout pour être difficile : logements sociaux à 100%, isolement géographique, présence de structures sociales (Centre d’Accueil Municipal, foyer d’accueil...), des manouches à proximité... Mais les différents témoignages de le cette époque se rejoignent et décrivent une ambiance conviviale et solidaire toujours présente même pendant les périodes difficiles comme la seconde guerre mondiale. Cette cité n’a jamais eu de problème et est restée longtemps méconnue des autres grenoblois.

La cité Jean Macé est un modèle d’homogénéité de personnes issues de milieux modestes essentiellement ouvriers et employés avec une taille de famille relativement importante (‘environ 4 enfants par foyer). On vient et on reste dans la cité sur la base d’un choix, contrairement à de nombreux quartiers d’habitat social. Beaucoup de personnes sont venues habiter Jean Macé pour des raisons familiales ou encore pour le quartier lui-même et sa tranquillité.

On retrouve ici l’équivalent du village rural de montagne, avec ses nombreuses solidarités dans un milieu ouvrier et urbain. Cette structure singulière façonne le lien social du quartier, comme un ciment. Une solidarité existe, non seulement à l’intérieur des générations (par les amitiés nouées) mais également entre elles.

Du point de vue économique, la période est marquée par un boom économique avec la présence de nombreux employeurs comme Merlin Gerin alors entreprise grenobloise en pleine ascension, les abattoirs et tout l’écosystème agroalimentaire qui gravite autour ainsi que d’autres entreprises aujourd’hui disparues qui embauchent à tour de bras.

La gestion des âmes se partagent essentiellement d’un côté par la place du parti communiste très actif dans les milieux ouvriers et par le poids important de l’église catholique (paroisse du Sacré-Cœur) très présent dans la vie sociale de l’époque.

ancienne cité -vue depuis l'Isère

ancienne cité -vue depuis l'Isère

Vue de la cité depuis la Bastille

Vue de la cité depuis la Bastille

Les début de MG (Merlin Gérin), c'était dans le quartier au début du XXème siècle à l'époque où ce n'était qu'une PME.
Les début de MG (Merlin Gérin), c'était dans le quartier au début du XXème siècle à l'époque où ce n'était qu'une PME.

Les début de MG (Merlin Gérin), c'était dans le quartier au début du XXème siècle à l'époque où ce n'était qu'une PME.

et en plus, MG possédait sa propre piscine

et en plus, MG possédait sa propre piscine

La fête est finie (1970-2008)

Pendant cette période La cité traverse de grosses turbulences mais a encore de la vitalité et des ressources.

Des entreprises qui déménagent

En 1970, les abattoirs, vétustes et un peu à l’étroit dans le quartier ferment leur site et déménagent à Saint-Egrève. Une partie de l’écosystème (équarisseurs, bouchers, charcutiers …) les suivent de peu. Merlin Gerin poursuit son ascension mais se développe en d’autres lieux de la cuvette grenobloise ou dans d’autres régions et sous l’effet de la mondialisation sous d’autres cieux. De plus, l’entreprise emploie de moins en moins d’ouvriers et de plus en plus de diplômés et de cadres, personnes peu représentés dans la cité. Le déclin économique est patent et comme partout le chômage s’installe.

Une population qui a vieilli

La proportion de personnes seules augmente fortement .En 2002, On décompte moins d’un tiers de familles avec enfants, et moins de 10 % des ménages comprennent plus de quatre personnes. Une autre spécificité est l’âge moyen élevé : 44 % des chefs de ménage ont plus de 60 ans.

Un quartier resté populaire

Quant aux professions, elles se composent toujours d’ouvriers et d’employés, ainsi que des retraités qui sont souvent d’anciens employés ou ouvriers. Le nombre de chômeurs est faible tout comme les assistés. En fait, les différences socio-économiques restent dans une tranche étroite ce qui renforce le coté homogène de la sociologie de la population..

Un quartier resté « village »

La cohésion sociale de la cité se traduisant par une forte sociabilité, des liens de solidarité importants et un taux de satisfaction très élevé sont toujours là. La cité est calme, sécurisante et reste attractive. Un mouvement de retour vers le quartier s’est même opéré puisque les personnes qui y vivent depuis plus de quarante-cinq ans sont attachés au lieu et celles qui sont arrivées depuis cinq à dix ans y ont généralement de la famille.

Un quartier différent

La structure sociologique du quartier est très différente de celle de la plupart des quartiers populaires d’aujourd’hui, issus de la grande période de construction de l’habitat social en France (1960-1980). C’est l’hétérogénéité qui domine dans ces derniers (dans les années 60-90, ils mêlent de nombreuses catégories sociales, toutes les classes d’âges, et des nationalités variées).

Un anachronisme social

ce monde de petits prolos, représentants « anachroniques » d'une France populaire, planté à coté d'une zone de haute technologie comme cela se présente de l’autre côté de la voie ferrée fait tache. Afin d’arrimer la cité à la ville, l’ouvrir, …, les élus ont voulu la faire évoluer en changeant sa composition sociale.

Un habitat qui a (mal) vieilli

Des fissures apparaissent sur les bâtiments, la décision de démolir est prise au début des années 2000 à cause de l’état du béton mélangé à du mâchefer, celui-ci ayant mal supporté les caprices du temps et les retombées des explosions et des bombardements de la 2ème guerre mondiale. D’autre part leur « ciment » ou solidarité a permis aux habitants de parler d’une seule voix face à la mairie et à l’office HLM, et d’éviter de se faire berner. Finalement les habitants se résignent à cette destruction par tranche, obtenant la garantie de pouvoir continuer à vivre ici pour ceux qui le souhaitent .Cette phrase résume la disposition des habitants à l’égard du déménagement éventuel : « Il est hors de question d’aller dans une cité. »

Les recapés de l'ancienne cité : le dernier batiment et le groupe scolaire
Les recapés de l'ancienne cité : le dernier batiment et le groupe scolaire
Les recapés de l'ancienne cité : le dernier batiment et le groupe scolaire
Les recapés de l'ancienne cité : le dernier batiment et le groupe scolaire

Les recapés de l'ancienne cité : le dernier batiment et le groupe scolaire

Une nouvelle résidence (2008- )

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul des huit immeubles de l’ancienne cité, le plus proche de l’Isère. Les habitants des premiers immeubles détruits, relogés dans d’autres quartiers, ne sont pour la plupart pas revenus ici. Ceux qui ont pu déménager directement dans un nouvel immeuble sont majoritairement restés.

. On ne peut s’empêcher de trouver cette architecture peu sympathique tant elle est banale. Les nouveaux immeubles de Jean Macé ressemblent aux constructions modernes de toutes les grandes villes, lisses et sans personnalité.

le mot « cité » ayant une consonance ouvrière, a été remplacé par le mot "résidence" qui sonne mieux aux oreilles des édiles.

L’architecture ne fait pas tout de la vie d’un quartier mais influence les relations sociales. La configuration ancienne des bâtiments a certainement aidé dans l’ambiance villageoise ayant régné jusqu’à là.

La nouvelle résidence ( montagne du fond : le casque du Néron dans le massif de la Chartreuse)
La nouvelle résidence ( montagne du fond : le casque du Néron dans le massif de la Chartreuse)

La nouvelle résidence ( montagne du fond : le casque du Néron dans le massif de la Chartreuse)

Le clos des Fleurs

A la place des anciens abattoirs voisins de la cité Jean Macé, 11 tours de 30 mètres avec 550 appartements (1/3 de logements sociaux et plus de 100 logements étudiants) ont été édifiées. De l’autre côté de la voie ferrée, c’est le bétonnage qui accompagne le projet Giant sur le reste de la Presqu’île qui se profile. La Ville veut gagner des habitants et le choix est de « densifier » un maximum.

Avec de nouvelles populations sans passé dans le quartier, la structure sociale a été complètement modifié.

Les anciens abattoirs.Les 3 dernières photos , entrée des abattoirs, datent de la fin des années 1970
Les anciens abattoirs.Les 3 dernières photos , entrée des abattoirs, datent de la fin des années 1970
Les anciens abattoirs.Les 3 dernières photos , entrée des abattoirs, datent de la fin des années 1970
Les anciens abattoirs.Les 3 dernières photos , entrée des abattoirs, datent de la fin des années 1970

Les anciens abattoirs.Les 3 dernières photos , entrée des abattoirs, datent de la fin des années 1970

 En 2015 à la place de l'entrée des abattoirs  :4 tours parmi les 11 : du beau béton

En 2015 à la place de l'entrée des abattoirs :4 tours parmi les 11 : du beau béton

Projet GIANT ; ça bétonne dur (de l'autre coté de la voie de chemin de fer)

Projet GIANT ; ça bétonne dur (de l'autre coté de la voie de chemin de fer)

Sources :

  • Le défi de vivre ensemble

GRENOBLE-JEAN MACÉ FIN D’UN QUARTIER OUVRIER ?

90 Economie & Humanisme • numéro 365 •

juin-juillet 2003 par Sophie Ebermeyer *

  • Un quartier dans la ville – JEAN MACE LES ABATTOIRS – Mémoire pour demain : un excellent ouvrage de témoignages

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