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GRENOBLE - la ville et sa région Plans, photos et images

Michel DESTOT : l'aventure électorale 1977-2014 : grandeur et décadence du socialisme municipal

jean martin

30 Mars 2014,

pour la 1ère fois et à la surprise générale, Grenoble se réveille avec un nouveau maire ayant une étiquette écologiste .Il est le seul et unique spécimen pour une ville de plus de 100 000 habitants et c’est une des rares satisfactions au milieu d’un océan de défaite pour les écologistes dans cette cuvée 2014.

Ce jour-là, Michel DESTOT, patron socialiste de l’agglomération et maire de la ville depuis 19 ans passe la main. Fin d'un règne....

37 ans plus tôt, Mars 1977, élection municipale à Grenoble

Cette année voit un triomphe historique pour la gauche française (2014 étant l’exact inverse).Le PCF et le PS conquiert 55 villes de plus de 30 000 habitants. A Grenoble, la situation est beaucoup plus simple. Le PS, à travers la personne d’Hubert DUBEDOUT, détient les clés de la mairie depuis 1965. Il s’allie dès le 1er tour au PCF et se trouve opposé à 3 autres listes : un liste d’union de la droite dirigé par un parfait inconnu au niveau local Jean-Charles PARIAUD, imposé par le pouvoir giscardien de l’époque, une petite liste divers droite et pour la première fois une liste écolo. Michel DESTOT, ingénieur au CENG depuis 1976 et militant PS entre dans l’équipe comme simple conseiller municipal.

Au 1er tour, la liste d’union de la gauche rate l’élection d’un pouillème (49,2% et 27200 voix). Les 2 listes de droites obtiennent 41,7% et 23000 voix ce qui est un score honorable en plein raz de marée de gauche et avec la sociologie électorale de Grenoble. Pour leur 1ère campagne électorale, les écolos engrangent 9,2% et plus de 5000 voix.

Le 2ème tour qui oppose les 2 blocs de droite et de gauche, est une formalité pour la liste du maire sortant qui gagne avec 10 points et 7000 voix d’avance (31000 voix contre 24000 voix).

Election municipale Mars 1983, déroute socialiste

Si les élections qui se succèdent jusqu ‘en 1981 (législative 78, présidentielle et législative 81) sont une formalité pour les socialistes, l’élection municipale de 1983 va leur être fatale. Malgré un très large rassemblement à gauche comprenant socialistes, communistes, écologistes et autres divers gauche et la seule concurrence d’une petite liste d’extrême gauche, le maire sortant Hubert DUBEDOUT est sèchement balayé par la jeune star montante du RPR local Alain CARIGNON, dès le 1er tour (43,4% et 24200 voix contre 54% et 30000 voix).

L’usure du pouvoir après 18 ans de mairie, le mauvais contexte politique au niveau national (après 2 ans de pouvoir, la gauche est à la ramasse) et les choix urbanistiques contre-versés (La Villeneuve est l’objet de tous les soins du pouvoir municipal quand le centre de Grenoble, non encore colonisé par les bobos est pratiquement laissé à l’abandon) ont largement aidé à la fessée électorale reçue par la gauche grenobloise. Michel DESTOT se retrouve alors éjecté de la mairie.

Elections municipales 1989, nouvelle déroute socialiste

Après une période vaches maigres, les socialistes, alliés au niveau national à quelques dissidents centristes sont revenus au pouvoir, François MITTERAND a largement distancé Jacques CHIRAC à l’élection présidentielle de 1988.

Au niveau local, Michel DESTOT est devenu député de la 3ème circonscription de l’Isère grâce à un découpage électoral fait sur mesure pour la gauche par Charles PASQUA. Cette circonscription comprend notamment la partie ouest de Grenoble, le Nord de Fontaine et Sassenage, à l’époque tous des fiefs de gauche. Mais l’élection municipale de 1989 ne va pas se passer comme prévue car Grenoble réélit Alain CARIGNON et son équipe. C’est l’époque triomphante du carignonisme municipal. Il gagne avec 53,2% des voix contre 31,7% pour la liste d’union de la gauche (PCF, PS, Divers Gauche) de Michel DESTOT. Les écolos réalisent un score honorable de 8,5% des voix et pour la 1ère fois le FN envoie 2 conseillers municipaux à la mairie avec 6,5% des voix. Michel DESTOT revient au conseil municipal en tant que chef de la principale opposition à Alain CARIGNON. C’est aussi la dernière fois qu’un maire de Grenoble sera élu au 1er tour des élections.

Elections municipales 1995, enfin maire

1993 est une année très funeste pour la gauche mais Michel DESTOT réussit à conserver son siège de député. Du côté d’Alain CARIGNON, c’est le début de la descente aux enfers. Impliqué dans la sombre histoire de passation de marché pour la privatisation de la régie des eaux de Grenoble, il est interné en prison et démis de ses mandats électifs.

1995, Michel DESTOT est tête de liste de l’équipe de gauche (PCF, PS et divers gauche). Il est concurrencé à gauche par une liste LO (extrême gauche), une liste divers gauche (GO citoyenneté) et par les écolos (Raymond AVRILLIER). A droite le flambeau carignoniste est repris par Richard CAZENAVE, un ancien lieutenant d’Alain Carignon. 3 autres listes sont de la partie : une liste centriste (F. PARAMELLE), une liste FN et une liste divers.

Les résultats du 1er tour ne sont pas très favorables pour Michel DESTOT (29% des voix) contre 31% des voix pour R. CAZENAVE. Il peut compter sur plus de réserves de voix à gauche s’il arrive à fusionner avec les divers gauche (9,3% des voix) et les écolos (12,1% des voix). A droite, le FN (8,5% des voix) ne peut se maintenir et la droite peut compter sur le ralliement des centristes.

Malgré le caractère ombrageux du leader écolo Raymond AVRILLIER (il le porte vraiment sur lui !) un des responsables de la chute d’Alain CARIGNON, l’union se réalise à gauche et Michel DESTOT devient maire de Grenoble en l’emportant avec 54% des voix. Ce sera son meilleur score en tant que maire de Grenoble.

Pour la petite histoire, les histoires de "flotte" ne réussissent pas à la droite grenobloise car déjà en 1965, le docteur Albert MICHALLON, maire UDR de Grenoble avait chuté face au socialiste Hubert DUBEDOUT à cause d’une histoire d’eau.

Elections municipales 2001, réélection douloureuse

1997 est un bon cru pour la gauche. Grâce aux bourdes de CHIRAC, la gauche gagne les législatives de 1997 et Michel DESTOT est facilement réélu député. Mais l’année 2001 ne s’annonce pas particulièrement favorable pour la gauche. Depuis 1997, Lionel JOSPIN est 1er ministre de CHIRAC et l’embellie économique, qui durait depuis 4 ans commence à s’essouffler. Les tours newyorkaises ne sont pas encore tombées mais un frémissement vers la crise économique commence à se ressentir.

A Grenoble Michel DESTOT se représente avec une liste de gauche comprenant socialistes, communistes et divers gauche. Les écolos choisissent de former leur propre liste. 3 listes d’extrême gauche sont aussi de la partie. A droite, l’union est réalisée derrière le professeur Max MICOUD et le FN présente aussi sa propre liste.

Le premier tour est un demi échec pour Michel DESTOT. Il n’y a pas de prime au sortant et sa liste obtient le même score qu’en 1995 (11500 voix et 29,9%). Il est largement devancé par la liste de droite (34,7% et 13300 voix).Les écolos font un bon score avec 7600 voix et 19,8% et sont en position pour se maintenir au 2ème tour. Les 3 listes d’extrême gauche avec 3200 voix et 8,5%, et le FN avec 2800 voix et 7,2%, sont éliminés.

Un accord de fusion est trouvé entre les 2 listes de gauche mais la victoire arive sur le fil. Michel DESTOT ne l’emporte que d’extrême justesse sur la liste de droite avec 800 voix d’avance (20600 contre 19800 voix ,51% contre 49%)

Elections municipales 2008, triangulaire heureuse

Si la France a vécu la décennie 2002-2012 sous la férule d’un pouvoir national de droite, les élections locales furent une aubaine pour la gauche. Elections cantonales et régionales ne furent que du bonheur pour elle. En 2007 Michel DESTOT conserve de nouveau son siège de député mais les heurts au sein de sa majorité municipale avec les élus écolos lui font changer de stratégie électorale pour les municipales 2008. Il choisit de se séparer des écolos et de se recentrer en faisant alliance avec le MODEM de F. BAYROU dont le leader local (Philippe de LONGEVIALLE) est un ancien de l’équipe d’Alain CARIGNON.

Au premier tour, La liste de Michel DESTOT constituée de Socialistes, communistes, centristes et divers gauche est concurrencé à gauche par une liste écolo (Maryvonne BOILEAU), une liste divers gauche (GO-Citoyenneté) et 3 petites listes d’extrême-gauche. A droite, une seule liste emmenée par Fabien de SAN NICOLAS, imposé par la direction de l’UMP. Le FN ne présente personne à Grenoble.

Le 1er tour valide la stratégie de Michel DESTOT qui obtient 42,7% et 19000 voix. Il devance largement la liste de droite (28% et 12400 voix) et la liste des écolos(15,6% et 6900 voix). Le cumul des listes d’extrême gauche est de 7,1% et 3200 voix et sont toutes éliminés. La petite liste divers gauche GO-Citoyenneté obtient 6,6% et 2900 voix et choisit de fusionner avec la liste de Michel DESTOT.

Pour la première fois ; le 2ème tour de l’élection municipale est une triangulaire entre Michel DESTOT et sa liste gauche –centriste, les écolos et la droite. Michel DESTOT l’emporte avec 48% et 21000 voix contre 29,5% et 12900 voix pour la droite et 22,5% et 9800 voix pour les écolos. Jamais le total de droite n’aura été aussi bas à Grenoble. En 25 ans, elle a perdu 17000 électeurs alors que le total de gauche a progressé de 6500 voix. C’est aussi le résultat d’une abstention de plus en plus importante couplée avec une boboisation rampante de l’électorat qui bénéficie à la gauche.

Elections municipales 2014, la chute finale

2012 a été une année faste pour la gauche. François HOLLANDE est élu président et à Grenoble Michel DESTOT est largement réélu député pour la 6ème fois avec 66% des voix. Mais l’accumulation des bourdes, des déboires et des échecs économiques des nouveaux dirigeants ne crée pas un climat favorable aux forces de gauche. Effectivement, le tsunami bleu de mars 2014 emporte de nombreux fiefs de gauche dont la ville de Limoges qui était sous la férule des socialistes depuis 100 ans. La Seine Saint Denis, le fameux 9-3, fief historique de gauche depuis des décennies a aujourd’hui une majorité de communes dirigées par la droite.

Paradoxalement à Grenoble, le danger ne vient pas de la droite, ni de l’extrême droite largement défavorisées par la sociologie de la ville. A gauche du PS, s’est formé une coalition regroupant les écolos d’Europe écologie les verts, du parti de gauche mélenchoniste et de membres de la société civile de sensibilité de gauche sous la direction d’Eric PIOLLE parfait inconnu du grand public et ancien cadre sup de HEWLETT PACKARD célèbre fabricant d’ordinateur installé dans la proche banlieue grenobloise

Dans l’équipe municipale sortante, Michel DESTOT laisse la place de leader à son premier lieutenant Jérome SAFAR pour conduire la liste de gauche socialo-communiste. Les centristes, sous la direction de Philippe de LONGEVIALLE monte leur propre liste. A droite, 2 listes se créent. La première est une liste divers droite dirigé par Denis BONZY, un ancien lieutenant d’’Alain CARIGNON. La deuxième liste, l’officielle UMP UDI est l’objet de longues tractations entre le leader actuel Matthieu CHAMUSSY, la direction nationale de l’UMP et les naufragés du carignonisme, devenus eux-mêmes frères ennemis Alain CARIGNON et Richard CAZENAVE. Finalement, la liste se construit avec Matthieu CHAMUSSY comme tête de liste et cet attelage à 3, ce qui contribuera à plomber la campagne de la droite. Le FN monte aussi sa liste avec Mireille d’ORNANO comme leader. Deux listes d’extrême gauche et une liste divers (très ethnique, plus de 35 noms sur 59 d’origine maghrébine !) complêtent la course.

Contrairement à ce qu’avaient annoncé les sondages, la liste vert-rouge d’Eric PIOLLE (29 ;4% et 12700 voix) devance la liste socialo-communiste de Jérome SAFAR (25,3% et 11000 voix). La droite (20,9%¨et 9100 voix) et l’extrême droite (12,6% et 5400 voix) sont largement distancées. Les autres listes sont éliminées et ne peuvent pas fusionner avec des listes qualifiées au second tour. Malgré les appels du pied de la liste vert-rouge, Jérome SAFAR refuse de fusionner sa liste avec Eric PIOLLE et perd l’investiture PS au 2ème tour.

Le second tour amplifie largement les résultats de 1er tour car 6000 électeurs se déplacent en plus (50000 votants contre 44000 au 1er tour) et se portent essentiellement sur la liste d’Eric PIOLLE qui obtient 40% et 19700 voix. Dans cette quadrangulaire, une première pour la ville de Grenoble, la liste conduite par Jérome SAFAR progresse légèrement (27,5% et 13500 voix) ainsi que la liste de droite (24% et 11800 voix). Seul le FN régresse à 8,5% et 4100 voix

Comme la droite qui a chuté deux fois pour des histoires de flotte( 1965 et 1995), la gauche socialiste a aussi chuté deux fois (1983 et 2014) sur des délires urbanistiques (projet GIANT, nouvelle ZAC sur l’esplanade avec sa tour de 33 étages, nouveau stade des Alpes).

Redistribution des cartes

Depuis 30 ans, le pouvoir municipal grenoblois a glissé à gauche : d’abord UMP-UDI puis socialiste et enfin vert-rouge. La boboisation de grandes villes française est un phénomène sociologique qui s’est fortement accéléré ces 20 dernières années et cela a atteint un niveau inégalé à Grenoble du fait de nombreux emplois publics et parapublics et d’une université omniprésente dans l’agglomération. Les petits blancs (ouvriers, employés français ou de vieille immigration) ont été largement remplacés dans les quartiers dits populaires du sud de Grenoble par des nouvelles populations immigrées acquises à la gauche. Ici, les concepts de think thank socialiste TERRA NOVA ont trouvé leur juste application mais a largement profité aux dernières élections à la liste la plus à gauche qui elle n’était pas socialiste.

Un avenir radieux

Le modèle soviétique ou maoiste n’étant plus de mise à gauche depuis longtemps. Vers quel modèle politique va évoluer la ville de Grenoble ? Car derrière la figure sympathique d’un maire simple, père tranquille de 4 enfants, défenseur de l’écologie et circulant à vélo, ayant un profil rassurant d’ancien cadre sup envers le patronat local se tapissent des profils nettement plus gauchisants comme sa 1ère adjointe mélenchoniste Elisa MARTIN, ex-élue municipale à Saint Martin d’Hères ou la bande d’écolos qui ont mené la vie dure à Michel DESTOT ces 15 dernières années. Passer d’une opposition quasi systématique à la gouvernance d’une cité de 150 000 habitants ne requière pas les mêmes compétences. D’ailleurs, l’ancien vizir Jérome SAFAR ne s’y est pas trompé. Lui qui visait la place de calife, être vizir dans une équipe qu’il estime composée de « bras cassés » très peu pour lui, qu’ils se démerdent entre eux, D’ailleurs malgré les appels à l’aide de la liste vert-rouge et les pressions nationales de son camp, il a préféré rester dans l’opposition attendre que tout ce casse la figure et récupérer le pouvoir le coup d’après (municipale 2020). Enfin, c’est ce qu’il espère …

Pour les forces de droite (UMP, UDI, FN…), tout est plié pour longtemps. L’après-CARIGNON n’a jamais été digéré. Aucun leader n’émerge après celui qui fut le patron de la droite entre 1980 et 1995. Elle est de plus d’être handicapée par une division entre centristes (qui ont convolé un temps avec la gauche), les ex gaullistes divisés entre pro et anti-CARIGNON et les frontistes qui espèrent faire leur pelote sur le dos de leurs concurrents de droite voire sur une partie de ce qui reste des anciennes classes populaires votant à gauche. La composition sociologique de la ville n’aide pas non plus à une reconquête hypothétique de la cité. Si la droite est en train de laminer les forces de gauche dans la France dite périphérique (Zones rurales, petites et moyennes villes) comme cela s’est passée pour les élections municipales 2014, ce n’est pas le cas des grandes métropoles ou prédominent une sociologie qui lui est largement défavorable (bobos, nouvelle classe populaire d’origine immigrée récente, fonctionnaires).

Fin d'une carrière politique?

Michel Destot, qui était resté député de la 3ème circonscription de l'Isère aprés 2014, élu sans discontinuité depuis 1988,survivant du cataclysme politique de 1993  (57 députés socialistes à l'assemblée cette année-là) a été balayé par le tsunami la république en marche aux élections législatives de 2017. Il est arrivé bon 4ème avec 10,5% des voix derrière les candidats La république en marche, la France insoumise et un écolo mais devant la candiate LR et le candidat FN

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