Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
GRENOBLE - la ville et sa région Plans, photos et images

Grenoble - Révolution et premier empire (1789-1815)

jean martin
Plan de Grenoble en 1780

Plan de Grenoble en 1780

Fin du XVIIIème siècle, la monarchie absolue, régime politique en vigueur depuis près de 800 ans (avènement de Hugues Capet en 987) entre dans une grave crise politique. Et l'état n'a plus de sous en caisse à cause de son train de vie,de l'aide apportée aux américains pendant leur guerre d'indépendance contre les anglais et des séquelles de la crise économique depuis les mauvaises récoltes de 1788.

Mai 1788

Grenoble petite ville de 25 000 âmes, capitale de la province du Dauphiné est saisie d'une forte agitation en ce milieu de printemps 1788. Les  prérogatives  du parlement du Dauphiné sont menacées par les décisions royales. Longtemps moteur dans la nation française, les parlements régionaux,désormais arcqueboutés sur leurs privilèges sont devenus des boulets pour la modernisation de la royauté. Supprimés en 1770 par Maupeou chancelier du roi Louis XV, ils ont été rétabli par faiblesse par Louis XVI avant qu'en 1787 un de ses ministres Loménie de Brienne  décide de réformer les institutions judiciaires et territoriales du royaume.

 

Mais les parlements sont  riches et puissants en province . A Grenoble, il représente environ 4000 personnes (familles comprises) et tient sous sa coupe de nombreux métayers et fermiers ainsi qu'une multitude de fournisseurs locaux. Il possède  une emprise économique et politique hégémonique et une importante capacité de nuisance dans le Dauphiné. Largement soutenu par leurs obligés, les magistats grenoblois déclarent illégales les mesures royales sur le territoire du Dauphiné.

au XXIème siècle : A droite, le lycée Stendhal et à gauche les bâtiments ont été rasés, la maison du tourisme

au XXIème siècle : A droite, le lycée Stendhal et à gauche les bâtiments ont été rasés, la maison du tourisme

La journée de Tuiles

Le duc de Clermont-Tonnerre et les troupes envoyés par le roi pour maintenir l'ordre décide d'exiler les récalcitrants. Le samedi 7 Juin , c'est jour de marché et les nouvelles circulent vite à travers la ville. Avec la chaleur torride, les esprits s'échauffent rapidement.

 

D'un seul coup, toute la vie s'arrête dans la ville. La foule, renforcée par des paysans accourus des alentours bloque le départ des magistrats. Du haut des toits, grenobloises et grenoblois commencent à bombarder de tuiles les soldats. La ville est au bord de l'insurrection. Malgré quelques morts civiles et militaires et la mise à sac de son hôtel particulier le duc refuse de faire tirer sur la foule , ordonne à ses soldats de regagner leurs quartiers et suspend l'exécution de l'édit royal. La révolution vient de connaître son premier acte et de voir couler son premier sang.

Lieux d'agitation dans Grenoble

Lieux d'agitation dans Grenoble

Le serment du jeu de paume

Au fil des réunions politiques, les nouveaux desseins politiques des forces issues de cette journées des tuiles se précisent. De son coté le roi limoge le duc de Clermont-Tonnerre (dauphinois d'origine) au profit d'un vieux militaire de 80 ans autrement plus coriace : le Maréchal De Vaux. Sentant le vent mauvais venir, il se contente d'interdire toute réunion politique dans Grenoble et c'est au château de Vizille, propriété d'un riche bourgeois, dans la grande salle du jeu de paume  que une réunion se tient le 21 Juillet 1788.

 

Constitué essentiellement de grenoblois issus des 3 ordres (noblesse, clergé et tiers-état) auxquels se sont agrégés des notables des alentours, cette réunion aboutit à plusieurs résolutions connues sous le nom de serment du jeu de paume :

  • suppression des nouveaux édits royaux et rétablissement des parlements dans leurs fonctions
  • le nombre de représentants du tiers-état sera égal au total de celui des 2 autres ordres
  • les 3 ordres du Dauphiné seront solidaires à ceux des autres provinces pour leurs propres intérêts et les intérêts de la nation
  • tout nouvel impôt sera soumis au vote des représentants des 3 ordres lors des états généraux du royaume.

 

D'abord destiné à défendre les intérêts du parlement de Grenoble, cette réunion vient d'enclencher un processus qui mènera à la révolution.

Chateay=u de Vizille (15 km au Sud de Grenoble)

Chateay=u de Vizille (15 km au Sud de Grenoble)

Il était une fois la révolution

12 jour plus tard, le 02 Aout 1788 le roi cède et lance la convocation des états provincaux  puis le 08 Aout, des états généraux. La suite est connue : états généraux le 1er mai 1789, prise de la bastille le 14 juillet 1789, l'abolition des privilèges des nobles et du clergé le 04 Aout, la proclamation de la république en 1792 après la trahison du roi puis tout s'accélère jusqu'à la chute finale.


Le roi Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793, la reine Marie-Antoinette subit le même sort quelques mois plus tard. Puis la révolution commence à dévorer ses propres enfants : Danton, Hébert et enfin Robespierre sont guillotinés en 1794. La grande terreur laisse place à un régime instable le directoire, menacé à la fois par les forces politiques de gauche (les montagnards héritiers de Robespierre) et de droite (les royalistes) jusqu'au coup d'état du 18 brumaire an VIII (Novembre 1799) orchestré par le général Napoléon Bonaparte.


Pendant ce temps que c'est-il passé à Grenoble. La ville, capitale provinciale a été rétrogradé au rang de chef-lieu du département de l'Isère, territoire beaucoup plus restreint que l'ancien Dauphiné et quelques personnages d'envergure ont émergé à la faveur de ces évènements.

Grenoble au XVIIIème siècle (vue depuis l'ile verte)

Grenoble au XVIIIème siècle (vue depuis l'ile verte)

L'empire contre-attaque

Bonaparte conserve le pouvoir pendant 15 ans de 1799 à 1814 d'abord comme 1er consul puis comme empereur à partir de 1804. Grenoble admire cet homme et est bonapartiste. Mais l'europe coalisée contre la France gagne la guerre et l'empereur est exilé sur l'ile d'Elbe au large de la Toscane en Italie. Après une année d'ennui à la tête de l'île (difficile pour un homme qui a dirigé l'Europe de se contenter d'une île de 200 km2), il s'enfuit avec une poignée de fidèles et débarque à Golfe Juan sur la côte d'Azur. Une épopée de cent jours commence. C'est à travers les Alpes qu'il remonte en direction de Paris. La monarchie, rétablie en 1814 envoie l'armée pour l'arrêter. La rencontre a lieu le 07 Mars 1815 à Laffrey à 25 km au sud de Grenoble mais la troupe rallie l'empereur. Celui-ci fait une entrée triomphale dans Grenoble. L'empereur reprend le pouvoir mais les armées européennes se réveillent. 3 mois plus tard, le 18 Juin 1815 ses armées sont vaincues à Waterloo et il perd définitivement le pouvoir. Il est exilé par ses vainqueurs anglais dans l'îlot de Saint -Hélène, perdu au milieu de l'Atlantique-sud

Le périple de Napoléon en 1815 à travers les Alpes entre Golfe Juan et Grenoble

Le périple de Napoléon en 1815 à travers les Alpes entre Golfe Juan et Grenoble

Napoléon à La Mure (plateau Matheysin  - 35 Km de grenoble)

Napoléon à La Mure (plateau Matheysin - 35 Km de grenoble)

Rencontre de Napoléon et de l'armée royale à Laffrey (25 Km de Grenoble) - Les soldats se rallient à l'empereur

Rencontre de Napoléon et de l'armée royale à Laffrey (25 Km de Grenoble) - Les soldats se rallient à l'empereur

Statut de Napoléon à Laffrey (arrière plan - le lac de Laffey)

Statut de Napoléon à Laffrey (arrière plan - le lac de Laffey)

Arrivée de Napoléon à Grenoble porte de Bonne

Arrivée de Napoléon à Grenoble porte de Bonne

Arrivée de Napoléon dans Grenoble

Arrivée de Napoléon dans Grenoble

Ultimes combats


Mais à Grenoble, les combats ne sont pas terminés. Les habitants ont déjà subi une occupation de 38 jours l'année précédente  (19 Avril-28 Mai 1814) de la part de l'armée autrichienne et ne souhaitent pas les revoir. Le 04 Juillet 1815, une division austro-sarde de 4 à 5000 hommes s'apprête à forcer la porte du Faubourg Très-Cloitres. Un vieux soldat du régiment de Sambre et Meuse , le capitaine Debelle retourne la situation en pointant et en mitraillant avec  2 canons les autrichiens et permettant ainsi à la garde nationale d'intervenir. Après 3 heures de combat les autrichiens laissent 500 morts sur le terrain et négocient une trêve de 3 jours pour enterrer les cadavres. Mais pour la résistance grenobloise, la situation est quasi-désespérée car partout les armées françaises s'effondrent face aux coups de boutoir des armées étrangères. Après ce baroud d'honneur,le maréchal de la Motte-Robert, responsable de la défense grenobloise décide de capituler et le 09 Juillet, les forces austro-sardes font leur entrée dans la ville et l'occuperont pendant 5 mois.

Grenoble début du XIXème  siècle

Grenoble début du XIXème siècle

Eglise Saint-André début XIXème siècle

Eglise Saint-André début XIXème siècle

Quelques grenoblois célèbres 

Antoine Barnave (1761 – 1793)

Avocat de formation, il se lance avec passion dans l'action politique au moment des états généraux et devient un des plus ardents artisans de la révolution. Mais lors de l'arrestation du roi après la fuite de Varennes en 1792, il prend la défense de la famille royale. Partisan d'une monarchie constitutionnelle, il met son énergie à sauver la monarchie mais l'insurrection populaire du 10 Aout 1792 sonne le glas de la royauté. Il se réfugie à Grenoble mais est arrêté en vertu d'un décret de l'assemblée. Condamné à mort, il est guillotiné le 29 Novembre 1793.

 

 

Charles Renauldon (1757-1824).

Maire de 1800 à 1815 il reste avant tout lié aux sociétés de secours mutuel, dont la première fut créée à Grenoble en 1803,à l’initiative des gantiers de la ville. Charles Renauldon rédigea les statuts de ce qui devait devenir la première mutuelle de France,lmutuelle d'entraide des gantiers grenoblois et y apporta son soutien tout au long de son mandat.

Jean-Joseph Mounier (1758 – 1806)

     Avocat de formation et juge royal depuis 1783 à la cour de Grenoble, son éloquence fait merveille lors de la réunion du jeu de paume et les états provinciaux le consacre. Ses idées politiques se résume à la création d'une monarchie constitutionnelle de type britannique avec un pouvoir législatif bicamériste et  pour le souverain, droit de véto et droit de convoquer, disoudre et proroger la 1ère chambre (l'assemblée nationale), somme toute un programme assez modéré. Mais la révolution n'écoute pas les modérés. Après plusieurs tentatives d'attentats, il s'exile à l'étranger et ne revient à Grenoble  qu'en 1801. Nommé conseiller d'état et sénateur par Bonaparte mais usé par les épreuves et rongé par la maladie il s'éteint en 1806 à 47 ans.

 

Joseph Chanrion (1756-1830)

Officier municipal élu en 1790, juge de paix en 1791, membre de l'administration départementale en 1792, c'est grâce à son action modératrice que Grenoble devint «  la ville aux mains vierges de sang ». Il obtint de Robespierre de ne pas créer de comité révolutionnaire dans la ville. Seuls 2 malheureux prêtres réfractaires sont guillotinés sur la place Grenette en 1794.

Commentaires